﻿{"id":99,"date":"2016-08-28T22:26:44","date_gmt":"2016-08-28T21:26:44","guid":{"rendered":"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/?page_id=99"},"modified":"2021-02-14T19:02:07","modified_gmt":"2021-02-14T18:02:07","slug":"le-pastel","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/les-cathares-le-pastel\/le-pastel\/","title":{"rendered":"Le Pastel"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>PASTEL ET PAYS DE COCAGNE<\/strong><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Martine Planes Corbi\u00e8re <em>F\u00e9vrier 2007<\/em> <strong>&nbsp;<\/strong><\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-161 aligncenter\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-isatis_tinctoria-216x300.jpg\" alt=\"pastel-isatis_tinctoria\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-isatis_tinctoria-216x300.jpg 216w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-isatis_tinctoria.jpg 283w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/p>\n<p>Vers 1450, Toulouse est une grande ville pauvre. Le seul pont qui enjambe la Garonne est mal entretenu, les murailles de la ville s&rsquo;\u00e9croulent et des maisons sont \u00e0 l&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>Pourtant 100 ans plus tard, la ville est refaite et se pare de dizaines de demeures luxueuses. Un si\u00e8cle et tout a chang\u00e9. Que s&rsquo;est &#8211; il pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nergie est revenue vers 1460, 1470 lorsque les Toulousains conquirent le march\u00e9 du pastel. Il va conna\u00eetre pendant un si\u00e8cle un essor prodigieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>&nbsp;I Le pastel<\/strong><\/span><\/h3>\n<h4><strong>&nbsp;<\/strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1 L&rsquo;Isatis tincturia : une plante bisannuelle aux noms et usages multiples<\/strong><\/span><\/h4>\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Le pastel (du latin pasta, p\u00e2te) est une esp\u00e8ce de crucif\u00e8re comme les choux, les radis, la moutarde ou la monnaie du pape. La premi\u00e8re ann\u00e9e, cette plante ressemble \u00e0 une grosse salade \u00ab\u00a0la rosette de pastel\u00a0\u00bb. D\u00e8s la 2<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e, du c\u0153ur de cette rosette jaillissent 2 \u00e0 5 tiges pouvant d\u00e9passer 1 m\u00e8tre de hauteur. En juin, les fleurs tr\u00e8s nombreuses s&rsquo;\u00e9panouissent en bouquets de 40 centim\u00e8tres environ. En juillet, elles se transforment en fruits d&rsquo;abord verts puis bruns et violets pour finir. On les appelle des siliques. Ce sont des sortes de gousses pointues.<\/p>\n<p>Le pastel est appel\u00e9 <em>w\u00e8de<\/em> ou <em>gu\u00e8de<\/em> dans le nord de la France. L&rsquo;Encyclop\u00e9die. [1] pr\u00e9tend que l\u00e0 est l&rsquo;origine du nom \u00a0\u00bb Grande-Bretagne \u00ab\u00a0brith\u00a0\u00bb signifiant en breton, <em>la gu\u00e8de<\/em>. On le trouve aussi sous les noms de <em>pastel des teinturiers<\/em> ou <em>herbe de Saint-Philippe<\/em> mais il porte le nom scientifique d\u00a0\u00bb<strong><em>Isatis tincturia.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il est souvent fait mention dans les archives <strong>de plante fourrag\u00e8re<\/strong> de bonne qualit\u00e9 et d&rsquo;un bon rendement (15 \u00e0 20 000 kilos \u00e0 l&rsquo;hectare). Sa valeur alimentaire serait voisine de celle du chou. Ses vertus mellif\u00e8res seraient \u00e9galement appr\u00e9ci\u00e9es des apiculteurs.<\/p>\n<p>Ses <strong>vertus th\u00e9rapeutiques<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9es maintes fois dans les textes anciens. Le pastel soulageait les maladies du foie (jaunisse) et de la rate. Les Grecs en obtenaient un rem\u00e8de traitant des maladies de peau. On lui pr\u00eate \u00e9galement des propri\u00e9t\u00e9s antiseptiques, cicatrisantes, diur\u00e9tiques. Des sovi\u00e9tiques l&rsquo;ont m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9 comme un antibiotique.<\/p>\n<p>Ses <strong>propri\u00e9t\u00e9s tinctoriales<\/strong> furent sans doute les plus utilis\u00e9es depuis la plus haute Antiquit\u00e9.<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une plante tr\u00e8s r\u00e9sistante qui semble insensible au froid et son adaptation \u00e0 la canicule fait d&rsquo;elle un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0dromadaire v\u00e9g\u00e9tal\u00a0\u00bb [2]. Elle \u00e9tait donc connue un peu partout dans le monde mais c&rsquo;est dans le triangle Toulouse, Albi, Carcassonne qu&rsquo;elle va conna\u00eetre son \u00ab\u00a0\u00e2ge d&rsquo;or\u00a0\u00bb au XVI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-158\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-feuillespastel-zz-300x225.jpg\" alt=\"pastel-feuillespastel-zz\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-feuillespastel-zz-300x225.jpg 300w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-feuillespastel-zz.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><br \/>\n<em>Feuilles de pastel (rosette)<\/em><\/td>\n<td style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-159\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-fleurpastel-zz-300x225.jpg\" alt=\"pastel-fleurpastel-zz\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-fleurpastel-zz-300x225.jpg 300w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-fleurpastel-zz.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><br \/>\n<em>Fleurs de pastel<\/em><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>2 Son histoire : de l&rsquo;Antiquit\u00e9 \u00e0 la Renaissance<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>Les Egyptiens connaissaient et utilisaient d\u00e9j\u00e0 des Isatis locaux ou des indigos 2500 ans avant J\u00e9sus Christ car on a retrouv\u00e9 des momies envelopp\u00e9es dans des bandelettes bleues, symbole d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. A la m\u00eame \u00e9poque, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e, le bleu est pratiquement ignor\u00e9, du moins dans le v\u00eatement.<\/p>\n<p>Les Latins et les Hell\u00e8nes ne portaient jamais de bleu, couleur d\u00e9laiss\u00e9e aux esclaves et basses cat\u00e9gories sociales. Le Romain qui avait les yeux bleus devait \u00eatre bien malheureux. Le rouge y r\u00e9gnait en ma\u00eetre, symbole de richesse et de puissance.<\/p>\n<p>Celtes et Gaulois utilisaient aussi la gu\u00e8de, ou pastel, non seulement pour bleuir leurs tissus mais aussi pour se parer le visage et le corps, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des Peaux-Rouges d&rsquo;o\u00f9 la surprise de Jules C\u00e9sar \u00e0 leur rencontre.<\/p>\n<p>Dans le livre V de \u00ab\u00a0<em>la guerre des Gaules<\/em>\u00ab\u00a0, il ne retient que l&rsquo;aspect belliqueux de ce maquillage et mentionne que \u00ab\u00a0<em>tous les Bretons se teignent avec le pastel sauvage, produisant une couleur bleue, qui leur donne une allure terrible dans la bataille<\/em>\u00ab\u00a0. Peut-\u00eatre peut-on voir l\u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;expression fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0<strong><em>avoir une peur bleue\u00a0\u00bb<\/em><\/strong>. Le pastel \u00e9tait aussi employ\u00e9 comme produit de beaut\u00e9 puisqu&rsquo;il offrait aux belles gauloises la possibilit\u00e9 de teindre en bleu noir leur chevelure blonde.<\/p>\n<p>Pline parle du pastel comme \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;une chose particuli\u00e8re aux Gaules<\/em>\u00ab\u00a0. Son nom latin \u00ab\u00a0<em>glastum\u00a0\u00bb<\/em> pourrait \u00eatre d&rsquo;origine celtique car le mot \u00ab\u00a0<em>glas<\/em>\u00a0\u00bb en gallois signifiait \u00ab\u00a0<em>herbe bleu<\/em><em>e.<\/em><\/p>\n<p><strong>Dans le monde m\u00e9di\u00e9val,<\/strong> l&rsquo;\u00e9glise chr\u00e9tienne admet trois couleurs pour l&rsquo;habillement : le blanc de la puret\u00e9, le rouge du sang du christ et le noir symbole de deuil et de p\u00e9nitence, hormis pour la vierge Marie. Profond\u00e9ment croyant, le roi Louis IX dit Saint-Louis, renonce \u00e0 la couleur pourpre et lui pr\u00e9f\u00e8re la simplicit\u00e9 du bleu. Cette couleur s&rsquo;impose dans ses armes. Longtemps m\u00e9pris\u00e9, le bleu devient la couleur du ciel et de l&rsquo;esprit. Il deviendra petit \u00e0 petit l&#8217;embl\u00e8me de la noblesse.<\/p>\n<p>Drapiers et teinturiers r\u00e9clament un colorant de valeur. L&rsquo;Orient dispose de l&rsquo;indigo mais son importation est trop on\u00e9reuse et trop incertaine. En Occident le pastel ou gu\u00e8de est utilis\u00e9. Au XII\u00e8me si\u00e8cle, il est cultiv\u00e9 dans toute l&rsquo;Europe. Est-ce une cons\u00e9quence de la Guerre de Cent ans (1337-1453) ou des raisons d&rsquo;ordre climatiques mais l&rsquo;Albigeois devient d\u00e8s le XIV\u00e8me si\u00e8cle la terre d&rsquo;\u00e9lection de cette culture.<\/p>\n<p><strong>D\u00e8s le XIV\u00e8me,<\/strong> Albi d\u00e9tient avec le pastel un tr\u00e9sor bien embarrassant. La teinture produite est de trop grande qualit\u00e9 pour \u00eatre utilis\u00e9e sur les draps tiss\u00e9s dans la r\u00e9gion, de qualit\u00e9 m\u00e9diocre. Ce sont les B\u00e9arnais qui vont ouvrir les routes du pastel vers l&rsquo;Espagne et vers l&rsquo;Angleterre et les Flandres \u00e0 partir des ports de Bayonne et Bordeaux. La concurrence est \u00e2pre avec l&rsquo;Italie, l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Angleterre mais ce commerce reste tr\u00e8s lucratif.<\/p>\n<p><strong>Au XV\u00e8me si\u00e8cle, <\/strong>Albi domine toujours ce commerce en Occitanie mais Toulouse comprend le r\u00f4le qu&rsquo;elle peut jouer par sa position g\u00e9ographique entre les zones pastelli\u00e8res et les ports de l&rsquo;Oc\u00e9an. La Garonne, r\u00e9put\u00e9e non navigable, est am\u00e9nag\u00e9e pour recevoir jusqu&rsquo;\u00e0 Bordeaux des barques \u00e0 fond plat, les gabarres. Elles permettent de ne pas racler les hauts fonds de la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>De riches toulousains prennent place dans ce march\u00e9. Ils g\u00e9n\u00e9ralisent les cultures dans leurs domaines, y cr\u00e9ent des moulins pastelliers. Un triangle de culture se forme : Toulouse, Albi, Carcassonne. Ils se font aussi pr\u00eateurs d&rsquo;argent.<\/p>\n<p><strong>Au XVI\u00e8me<\/strong> les grands marchands entrent dans le syst\u00e8me. Leur plate-forme est Toulouse. Tous n&rsquo;en sont pas originaires, certains sont basques, aveyronnais ou espagnols mais tous ont le g\u00e9nie du commerce, des march\u00e9s ext\u00e9rieurs et de la r\u00e9ussite. La ville devient une capitale financi\u00e8re cosmopolite.<\/p>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>II L<\/strong><strong>a teinture<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Une longue s\u00e9rie de travaux \u00e9tait n\u00e9cessaire, de la pr\u00e9paration des sols \u00e0 l&rsquo;obtention de la teinture. Le pastel \u00e9tait une culture qui rapportait et par cons\u00e9quent on la \u00ab&nbsp;bichonnait&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1 Divers stades de la pr\u00e9paration<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>La terre \u00e9tait bien fum\u00e9e et les graines tri\u00e9es : on ne gardait que les plus belles.<\/p>\n<p>Les semailles avaient lieu au printemps en f\u00e9vrier ou mars. D\u00e8s que le pastel sortait de terre une \u00abarm\u00e9e&nbsp;\u00bb d\u2019hommes, de femmes et d&rsquo;enfants attaquait le d\u00e9sherbage et le binage. La culture du pastel donnait du travail \u00e0 toute la population.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que les feuilles \u00e9taient m\u00fbres on les coupait \u00e0 la main. Il y avait 3 ou 4 cueillettes durant la saison (juin \u00e0 septembre ou octobre). Les feuilles \u00e9taient lav\u00e9es pour enlever la terre et s\u00e9ch\u00e9es.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019elles \u00e9taient s\u00e8ches elles \u00e9taient transport\u00e9es au moulin pastellier. Le moulin devait tourner en fonction de la maturit\u00e9 des feuilles ce qui excluait les moulins \u00e0 vent ou \u00e0 eau tributaires des \u00e9l\u00e9ments naturels. C\u2019est pour cette raison que les moulins pastelliers \u00e9taient mus par des animaux. Il fallait en permanence pousser les feuilles sous la meule verticale ce qui \u00e9tait dangereux et il y avait souvent des accidents.<\/p>\n<p>A la sortie du moulin c\u2019\u00e9tait une bouillie que l\u2019on entreposait en tas de 40 ou 50 cm sur des sols carrel\u00e9s en pente pour faciliter l\u2019\u00e9gouttage. Le pastel restait ainsi en tas 6 \u00e0 8 semaines et une premi\u00e8re fermentation se produisait.<\/p>\n<table width=\"28%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"32%\">\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-162 aligncenter\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinlautrec-zz-300x225.jpg\" alt=\"pastel-moulinlautrec-zz\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinlautrec-zz-300x225.jpg 300w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinlautrec-zz.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><em>Moulin pastelier de Lautrec<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68%\">\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-163 aligncenter\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinpasteliermagrin-zz-300x225.jpg\" alt=\"pastel-moulinpasteliermagrin-zz\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinpasteliermagrin-zz-300x225.jpg 300w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-moulinpasteliermagrin-zz.jpg 425w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><em>Moulin pastelier du ch\u00e2teau de Magrin<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Apr\u00e8s ces 2 ou 3 semaines la p\u00e2te \u00e9tait malax\u00e9e et on en faisait des boules bien model\u00e9es et press\u00e9es, aussi parfaites que possibles, \u00ab<strong>les coques ou cocagnes<\/strong>&nbsp;\u00bb. Chaque coque n\u00e9cessitait un kilogramme de feuilles. Elle mesurait 10 \u00e0 15 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre et pesait environ 150 grammes. Les femmes effectuaient ce travail et en faisaient 2 \u00e0 la minute.<\/p>\n<p>Elles \u00e9taient ensuite entrepos\u00e9es sur des claies dans des s\u00e9choirs permettant un r\u00e9glage pr\u00e9cis de l\u2019a\u00e9ration, \u00e0 l\u2019abri de la pluie et du soleil. Le s\u00e9chage durait entre 4 et 6 semaines. Les bonnes \u00abcoques&nbsp;\u00bb \u00e9taient plus l\u00e9g\u00e8res que les autres, preuve d&rsquo;un parfait s\u00e9chage.<\/p>\n<p>Les coques devenues dures \u00e9taient alors bris\u00e9es en menus fragments avec des masses en bois. Elles avaient un int\u00e9rieur violet et une bonne odeur s\u2019en d\u00e9gageait. Les coques bris\u00e9es repassaient alors au moulin pastellier afin d&rsquo;obtenir un parfait \u00e9crasement.<\/p>\n<table style=\"height: 152px;\" width=\"175\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"104\" height=\"69\" class=\"size-full wp-image-157 aligncenter\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-coque.jpg\" alt=\"pastel-coque\"><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Coque<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>A ces granules on m\u00e9langeait de l\u2019eau croupie en vue d&rsquo;une deuxi\u00e8me fermentation. Cette op\u00e9ration \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9licate et demandait une surveillance de tous les instants. Si la fermentation n&rsquo;\u00e9tait pas assez rapide, on rajoutait du purin ou de l&rsquo;urine humaine. Aussi cette pr\u00e9paration ne se faisait-elle jamais dans Toulouse mais dans la campagne environnante.<\/p>\n<p>On remuait cette bouillie en la changeant de place \u00e0 coups de pellet\u00e9es, d\u2019un tas \u00e0 l\u2019autre pour obtenir une p\u00e2te homog\u00e8ne qui se dess\u00e8che peu \u00e0 peu. Le pastel s\u2019\u00e9chauffait, fumait et se modifiait chimiquement. Il exhalait une odeur putride et des vapeurs nocives. Tout l\u2019art consistait \u00e0 ma\u00eetriser la fermentation. Celle-ci devait \u00eatre suffisante pour oxyder le sucre des feuilles qui d\u00e9gageait le produit colorant mais il ne fallait pas que la fermentation d\u00e9passe un certain stade qui, lui, aurait d\u00e9truit le produit colorant.<\/p>\n<p>Si le froid de l\u2019hiver arr\u00eatait la fermentation on glissait un pot rempli de charbons ardents dans la p\u00e2te.<\/p>\n<p>La p\u00e2te \u00e9tait ainsi remu\u00e9e tous les 3 ou 4 jours pendant 4 \u00e0 5 mois. Ensuite la fermentation termin\u00e9e on laissait le tas immobile pendant au moins 2 mois.<\/p>\n<p>A l\u2019issue de ce d\u00e9lai c\u2019\u00e9tait de l\u2019agranat. Convenablement stock\u00e9, il allait garder ses propri\u00e9t\u00e9s colorantes une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Le d\u00e9lai souhaitable aurait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un an mais le cycle \u00e9tait long et les marchands ne pouvaient immobiliser plus longtemps leurs capitaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"271\">Semailles<\/td>\n<td width=\"123\">Fevrier-mars<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Cueillette des feuilles, lavage, s\u00e9chage<\/td>\n<td width=\"123\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">Juin<\/td>\n<td width=\"161\">octobre<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Feuilles \u00e9cras\u00e9es en bouillie au moulin pastellier<\/td>\n<td width=\"123\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Egouttage<\/td>\n<td width=\"123\">6 \u00e0 8 semaines<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Confection des \u00abcoques&nbsp;\u00bb<\/td>\n<td width=\"123\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">Ao\u00fbt- septembre<\/td>\n<td width=\"161\">D\u00e9cembre<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">S\u00e9chage des \u00abcoques&nbsp;\u00bb dans les s\u00e9choirs<\/td>\n<td width=\"123\">4 \u00e0 6 semaines<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">\u00ab&nbsp;Coques&nbsp;\u00bb bris\u00e9es \u00e0 la masse puis au moulin pastellier.<\/td>\n<td width=\"123\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">Septembre &#8211; octobre<\/td>\n<td width=\"161\">Janvier &#8211; f\u00e9vrier<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Adjonction d\u2019eau croupie, d\u2019urine. P\u00e2te d\u00e9plac\u00e9e tous les 3 ou 4 jours. Surveillance de la fermentation.<\/td>\n<td width=\"123\">4 ou 5 mois<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Stockage final et vieillissement<\/td>\n<td width=\"123\">2 mois ou plus<\/td>\n<td width=\"170\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"161\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"271\">Agranat disponible et commercialisable.<\/td>\n<td width=\"123\">&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">Mai-juin<\/td>\n<td width=\"161\">Septembre-octobre<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette poudre noire qui, dans les cuves des teinturiers, d\u00e9livrait le pr\u00e9cieux pigment bleu et fit de la r\u00e9gion le \u00ab\u00a0<strong>pays de cocagne<\/strong>\u00a0\u00bb expression qui d\u00e9finit \u00a0\u00bb le pays imaginaire o\u00f9 tout abonde, o\u00f9 l&rsquo;on trouve tout \u00e0 souhait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cume recueillie \u00e0 la surface des cuves des teinturiers \u00ab\u00a0la fleur\u00e9e de pastel \u00ab\u00a0\u00e9tait recherch\u00e9e par les grands artistes de la Renaissance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>2 La distribution : une organisation complexe<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>\u00a0\u00bb Au pays de Cocagne, plus on dort, plus on gagne\u00a0\u00bb mais seul le pastel se repose, tout autour de lui on se presse et des m\u00e9tiers sp\u00e9cifiques apparaissent. Nous retenons ici les principaux.<\/p>\n<p>&#8211; Les collecteurs sillonnent les r\u00e9gions productives pour r\u00e9server sur pied les futures r\u00e9coltes.<\/p>\n<p>&#8211; Les transporteurs : r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance, ils m\u00e8nent les lots de pastel dans leurs charrettes \u00e0 Toulouse o\u00f9 se tient d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 la grande foire au pastel. On estime \u00e0 la vue la qualit\u00e9 des lots de pastel, marchands et vendeurs sp\u00e9culent.<\/p>\n<p>&#8211; Les teinturiers estiment la longueur de tissu que chaque lot pourra teindre et valident ou infirment le prix. Ils sont souvent accus\u00e9s d&rsquo;ententes malhonn\u00eates.<\/p>\n<p>&#8211; Les emballeurs mettent les lots de pastel dans des sacs de toile brune, les ficellent, marquent \u00e0 la main des signes de propri\u00e9t\u00e9. Ils doivent pouvoir \u00eatre authentifi\u00e9s tout le long du transport.<\/p>\n<p>&#8211; Pes\u00e9, le pastel peut alors \u00eatre commercialis\u00e9.<\/p>\n<p>Le quai de la Daurade \u00e0 Toulouse foisonne de gabarres, barques \u00e0 fond plat, partant \u00e0 Bordeaux ou en revenant. Depuis Bordeaux, les grands navires marchands livreront le pr\u00e9cieux chargement \u00e0 destination des grandes villes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"28%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"482\" height=\"283\" class=\"alignnone size-medium wp-image-164\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidoradehier-zz.jpg\" alt=\"quaidoradehier-zz\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidoradehier-zz.jpg 482w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidoradehier-zz-300x176.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 482px) 100vw, 482px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Quai de la Daurade hier<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"425\" height=\"319\" class=\"alignnone size-medium wp-image-165\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidorade-zz.jpg\" alt=\"quaidorade-zz\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidorade-zz.jpg 425w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/quaidorade-zz-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Quai de la Daurade aujourd&rsquo;hui<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table width=\"33%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"425\" height=\"286\" class=\"alignnone size-medium wp-image-160\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-gabarre-zz.jpg\" alt=\"pastel-gabarre-zz\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-gabarre-zz.jpg 425w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-gabarre-zz-300x202.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Gabarre \u00e0 fond plat<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>3 Les H\u00f4tels &#8211; palais des marchands pastelliers<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>Toulouse a d\u00fb faire face tout au long du XIV\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 de nombreux incendies et en 1358 \u00e0 une terrible \u00e9pid\u00e9mie de peste. Elle sort \u00e9puis\u00e9e de la guerre de Cent ans mais gr\u00e2ce \u00e0 la fortune de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de grandes familles issues du pastel, la ville se pare de v\u00e9ritables palais. Nulle part ailleurs, en France, on ne recense autant d&rsquo;h\u00f4tels particuliers. C&rsquo;est pour une p\u00e9riode de pr\u00e8s de 100 ans, entre 1450 et 1560, \u00a0\u00bb l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or du pastel \u00ab\u00a0et l&rsquo;\u00e9panouissement de la Renaissance toulousaine.<\/p>\n<p>Parmi eux, deux b\u00e2timents se distinguent, les h\u00f4tels de <strong>Bernuy et d&rsquo;Ass\u00e9zat. <\/strong><\/p>\n<p>Jean de Bernuy est le fils du gouverneur de Burgos en Espagne. Il arrive en France \u00e0 19 ans, ach\u00e8te le pastel en France et le revend en Espagne, mettant les fortunes de son pays au service du pastel. Il amasse un tr\u00e9sor si important qu&rsquo;il peut se porter garant du paiement de la ran\u00e7on du roi de France Fran\u00e7ois 1er , prisonnier \u00e0 Pavie. Lib\u00e9r\u00e9, ce dernier lui rendra visite. La tour hexagonale qui se dresse dans une des cours est la plus haute de Toulouse. Perc\u00e9e de 7 fen\u00eatres, elle s&rsquo;ach\u00e8ve par une terrasse d\u00e9cor\u00e9e de gargouilles. Elle est l&#8217;embl\u00e8me de la r\u00e9ussite de son propri\u00e9taire. L&rsquo;ensemble constitue le meilleur exemple de synth\u00e8se r\u00e9ussie entre l&rsquo;architecture m\u00e9di\u00e9vale et celle des temps nouveaux.<\/p>\n<p>A Albi, un marchand pastellier a lui aussi contribu\u00e9 \u00e0 payer la ran\u00e7on du roi. Il n&rsquo;\u00e9tait cependant pas noble, ce que la tour de sa demeure albigeoise pourrait laisser supposer. Seuls les nobles en effet avaient le droit de les construire. Comme les roturiers avaient le droit de les acheter, Reyn\u00e8s aurait acquis ailleurs une demeure avec une tour et l&rsquo;aurait fait d\u00e9placer \u00e0 Albi pierre apr\u00e8s pierre donnant \u00e0 son h\u00f4tel un signe ext\u00e9rieur de noblesse .<\/p>\n<p>La plus belle r\u00e9sidence priv\u00e9e toulousaine est sans aucun doute l&rsquo;h\u00f4tel d&rsquo;Ass\u00e9zat. Elle symbolise \u00e0 elle seule la puissance, la fortune des \u00ab\u00a0princes du pastel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019architecte a suivi pour l\u2019\u00e9dification du palais une conception architecturale identique \u00e0 celle adopt\u00e9e dans le m\u00eame temps pour la cour carr\u00e9e du Louvre \u00e0 Paris : superposition sur trois \u00e9tages des trois ordres d\u2019architecture, dorique, ionique et corinthien.<br \/>\nPierre d&rsquo;Ass\u00e9zat \u00e9tendait ses cultures dans tout le triangle d&rsquo;or, mais c&rsquo;est au port de la Daurade, non loin de l\u00e0, qu&rsquo;il vendait ses productions. Devenu capitoul , Pierre d&rsquo;Ass\u00e9zat fut anobli, et gagna sa particule.<\/p>\n<p>Si le commerce fit la fortune des marchands pastelliers de Toulouse, (\u00ab\u00a0Cit\u00e9 Bleue\u00a0\u00bb \u00e0 cette \u00e9poque, \u00ab\u00a0Ville Rose\u00a0\u00bb de nos jours) et de sa r\u00e9gion pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle (1450-1561), l&rsquo;horizon s&rsquo;assombrit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"28%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"49%\">\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"319\" height=\"425\" class=\"alignnone size-medium wp-image-155\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-astorg-zz.jpg\" alt=\"pastel-astorg-zz\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-astorg-zz.jpg 319w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-astorg-zz-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 319px) 100vw, 319px\" \/><br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>H\u00f4tel Astorg (Toulouse)<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"12%\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-156\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-bernuy-zz.jpg\" alt=\"pastel-bernuy-zz\" width=\"258\" height=\"342\"><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>H\u00f4tel de Bernuy (Toulouse)<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"39%\">\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"319\" height=\"425\" class=\"alignnone size-medium wp-image-154\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-assezat-zz.jpg\" alt=\"pastel-assezat-zz\" srcset=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-assezat-zz.jpg 319w, https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pastel-assezat-zz-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 319px) 100vw, 319px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>H\u00f4tel Ass\u00e9zat (Toulouse)<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>III D\u00e9clin, renaissance et espoir<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Des r\u00e9coltes m\u00e9diocres, des pratiques douteuses, les guerres de religion et la concurrence de l&rsquo;Indigo des Indes et des Antilles mais aussi le manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des grands marchands pour le commerce port\u00e8rent un coup fatal au pastel.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong><\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1 l&rsquo;horizon s&rsquo;assombrit<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>Brusquement tout s&rsquo;effondre \u00e0 partir de 1561.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9colte de 1560<\/strong> est abondante mais de qualit\u00e9 <strong>m\u00e9diocre<\/strong>. Pourtant les marchands toulousains essaient de maintenir les prix habituels. La r\u00e9colte de 1561, gr\u00e2ce \u00e0 des pluies importantes, va \u00eatre encore plus abondante que les pr\u00e9c\u00e9dentes mais de qualit\u00e9 encore plus m\u00e9diocre. Le march\u00e9 s&rsquo;effondre. Certains marchands tentent de ne pas vendre les r\u00e9coltes mais les Albigeois ne suivent pas et inondent un march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9.<\/p>\n<p>A cela il faut ajouter <strong>des pratiques douteuses<\/strong> : soit du pastel de mauvaise qualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 un peu de bon pastel mais vendu au prix fort, soit il a \u00e9t\u00e9 mouill\u00e9 pour augmenter son poids. Quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;agranat, on l&rsquo;a m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 du sable.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9but des guerres de religion<\/strong>, en 1562, est une autre cause de cette chute : l&rsquo;inqui\u00e9tude r\u00e8gne dans la r\u00e9gion toulousaine o\u00f9 les protestants sont nombreux, surtout chez les marchands.<\/p>\n<p>Au XIV\u00e8me si\u00e8cle, <strong>l&rsquo;importation de l&rsquo;indigo<\/strong> se confirme \u00e0 Marseille mais les quantit\u00e9s sont rares et le produit cher, le pastel reste donc la plante colorante abondante et abordable. L&rsquo;indigo est r\u00e9serv\u00e9 aux produits de luxe.<\/p>\n<p>Cependant sa poudre colorante s&rsquo;obtient par simple trempage des feuilles. Apr\u00e8s quelques heures elle se d\u00e9pose d&rsquo;elle m\u00eame au fond des cuves. Certains disent qu&rsquo;elle est 30 \u00e0 40 fois plus concentr\u00e9e que celle du pastel.<\/p>\n<p>Les Portugais et les Conquistadors Espagnols vont introduire la l\u00e9gumineuse en Am\u00e9rique Centrale vers 1520. Travaill\u00e9e par des esclaves, son prix de revient finit par \u00eatre 5 ou 6 fois moins \u00e9lev\u00e9 que celui du pastel.<\/p>\n<p>Des essais de copiage de la m\u00e9thode d&rsquo;extraction par mac\u00e9ration des feuilles furent inutilement effectu\u00e9s. Des mesures protectionnistes furent prises. Mais amendes, menaces de peines de mort, rien n&#8217;emp\u00eacha le panachage dans les cuves \u00e0 pastel. Les 1% tol\u00e9r\u00e9s initialement furent rapidement d\u00e9pass\u00e9s et le \u00ab\u00a0bleu des \u00eeles\u00a0\u00bb entra majoritairement dans les cuves.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re raison et non la moindre r\u00e9side dans l&rsquo;absence de fibre commerciale chez les marchands toulousains ou albigeois. Ils r\u00e9investissent tous dans de somptueux h\u00f4tels et se pr\u00e9occupent plus de leur ascension sociale et de l&rsquo;accession \u00e0 la noblesse que du commerce du pastel. De nombreux marchands, gr\u00e2ce \u00e0 leur fortune, sont devenus capitouls [4]. ce qui leur donne la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire. Deux g\u00e9n\u00e9rations apr\u00e8s les premiers marchands, il n&rsquo;y en a plus aucun.<\/p>\n<p>Cette disparition n&rsquo;est pourtant pas enti\u00e8re et autour d&rsquo;Albi, le pastel continue toujours d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent mais l&rsquo;Age d&rsquo;or du pays de cocagne que les vieux \u00e9voquaient est bien termin\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>2 Renaissance du pastel sous Napol\u00e9on 1<sup>er<\/sup> <\/strong><\/span><\/h4>\n<p>Lors du blocus continental, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par Napol\u00e9on le 21 &#8211; 11- 1806 pour mettre l&rsquo;Angleterre \u00e0 genoux, l&rsquo;indigo devint rarissime et hors de prix. Or entre 1806 et 1810, les besoins de poudre colorante furent pr\u00e9occupants. La \u00ab\u00a0Grande Arm\u00e9e\u00a0\u00bb de 600 000 hommes se pr\u00e9parait \u00e0 la campagne de Russie, il fallait teindre en bleu soutenu les uniformes, donc utiliser des stocks consid\u00e9rables, environ une centaine de tonnes.<\/p>\n<p>Il promit de v\u00e9ritables fortunes \u00e0 qui trouverait le moyen d&rsquo;obtenir facilement de la poudre colorante. Des savants de l&rsquo;Europe enti\u00e8re se mobilis\u00e8rent pour obtenir les r\u00e9sultats attendus. La m\u00e9thode connue, il ne resta plus qu&rsquo;\u00e0 relancer la culture. Albi o\u00f9 v\u00e9g\u00e9tait l&rsquo;Isatis, retrouva pour un temps son titre perdu de capitale du pastel. En juillet 1811, pour 3 ans, est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Albi la 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9cole du pastel. On y donnera un enseignement th\u00e9orique et pratique sur l&rsquo;extraction du colorant dans le pastel. Elle se situera dans des d\u00e9pendances de l&rsquo;ex-ch\u00e2teau du Lude (actuellement Bon Sauveur).<\/p>\n<p>L&rsquo;abdication de l&#8217;empereur en 1814 remet tout en question. La captivit\u00e9 de l&#8217;empereur brise ce nouvel \u00e9lan agricole et industriel d&rsquo;un second Pays de Cocagne. Le retour de la monarchie est aussi celui de l&rsquo;indigo exotique, d&rsquo;un prix toujours aussi imbattable. Malgr\u00e9 tout, le pastel ne disparut pas totalement de la r\u00e9gion. Un journal local \u00ab\u00a0<em>le journal du Tarn<\/em>\u00a0\u00bb publiait en 1882<a href=\"http:\/\/www.jcplanes.org\/pastel\/pastel.htm#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> la derni\u00e8re allusion aux champs de pastel albigeois lors d&rsquo;un concours agricole r\u00e9gional.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>3 Aujourd&rsquo;hui, un renouveau<\/strong><\/span><\/h4>\n<p>Actuellement, plusieurs hectares sont plant\u00e9s en Ari\u00e8ge en collaboration avec l&rsquo;\u00e9cole de chimie de Toulouse. Sit\u00f4t cueillies les feuilles sont pr\u00e9cipit\u00e9es dans des cuves afin d&rsquo;en extraire le bleu pastel.<\/p>\n<p>Cinq si\u00e8cles apr\u00e8s sa disparition, le Pastel reprend racines. De congr\u00e8s en laboratoire de recherche, on d\u00e9couvre et red\u00e9couvre ses qualit\u00e9s. De nouvelles applications voient le jour dans les beaux-arts, la d\u00e9coration, la mode mais aussi en cosm\u00e9tologie et pharmacie. Des laboratoires fran\u00e7ais, am\u00e9ricains et chinois recherchent aujourd&rsquo;hui des produits anticanc\u00e9reux dans les feuilles du pastel.<\/p>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Derri\u00e8re l&rsquo;image de r\u00eave de ce Pays de Cocagne se cache une r\u00e9alit\u00e9 un peu diff\u00e9rente : une culture difficile, une structure commerciale complexe, la concurrence de l&rsquo;indigo. On comprend donc pourquoi cette plante, source d&rsquo;enrichissement pour une minorit\u00e9, ne fut pour beaucoup qu&rsquo;un mirage [6]. Pourtant aujourd&rsquo;hui un avenir industriel est encore possible si des d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux lui sont favorables. Alors, cette crucif\u00e8re qui fit la fortune du \u00ab\u00a0Pays de Cocagne\u00a0\u00bb pourrait bien devenir la plante du III\u00e8me mill\u00e9naire.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<h3><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Bibliographie<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Banessy Sandrine, <em><u>Le Pastel en pays d&rsquo;oc<\/u>, Tourisme M\u00e9dias Editions, 2002<\/em><\/p>\n<p>Caster Gilles, <em><u>Les routes de cocagne<\/u>, Privat 1998<\/em><\/p>\n<p>Cau Christian, <em><u>Pastel au pays de Cocagne<\/u><\/em>, <em>Editions Loubati\u00e8res, Toulouse, 1988<\/em><\/p>\n<p>Rufino Patrice Georges , <em><u>Le Pastel, Or bleu du Pays de Cocagne<\/u>, Editions Daniel Briand<\/em><\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>[1] <u>L&rsquo;Encyclop\u00e9die ou dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/u> en 35 volumes (17 volumes de textes, 11 de planches, 4 de suppl\u00e9ment, 2 d&rsquo;index et 1 suppl\u00e9ment de planche) a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite en France entre 1751 et 1772, \u00e0 l&rsquo;initiative de Denis Diderot et de Jean d&rsquo;Alembert, philosophes du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>[2] Patrice Rufino<em> &#8211; <u>Le pastel, or bleu du pays de Cocagne<\/u> &#8211; p 13<\/em>. Il sera souvent fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet auteur dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> partie de cet expos\u00e9.<\/p>\n<p>[3] <a href=\"http:\/\/his.nicolas.free.fr\/Histoire\/Monuments\/Villes\/Albi\/AlbiReynes.html\">http:\/\/his.nicolas.free.fr\/Histoire\/Monuments\/Villes\/Albi\/AlbiReynes.html<\/a><\/p>\n<p>[4] Toulouse le 6 janvier 1189. La population en r\u00e9volte se masse dans un quartier populaire des bords de Garonne. Le comte Raimond V est l\u00e0 lui aussi face aux consuls qui exigent la totalit\u00e9 du pouvoir sur la ville. Tr\u00e8s vite, devant la force de l&rsquo;\u00e9meute, Raimond V capitule. Il abandonne ses pr\u00e9rogatives au profit de la municipalit\u00e9 \u00e9lue. La municipalit\u00e9 a d\u00e9sormais des pouvoirs tr\u00e8s \u00e9tendus dans tous les domaines. Ses membres, les consuls ou capitouls sont renouvel\u00e9s chaque ann\u00e9e. Ils sont tous \u00e9gaux : il n&rsquo;y a pas de maire! Ils l\u00e9gif\u00e8rent, jugent et administrent en toute libert\u00e9\u2026 Ils promulguent des ordonnances (ou \u00ab\u00a0\u00e9tablissements\u00a0\u00bb) pour organiser la police et l&rsquo;entretien de la ville, pour r\u00e8glementer le commerce et l&rsquo;artisanat (poids et mesures, taxes, corporations). Ils prononcent les sentences en mati\u00e8re civile (pr\u00eats, ventes, \u2026) comme en mati\u00e8re criminelle (meurtres, maraudes, \u2026). Ils fixent, l\u00e8vent les imp\u00f4ts et gardent le tr\u00e9sor de la communaut\u00e9.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.r-p-s.info\/hist_republiquetoulouse.htm\">http:\/\/www.r-p-s.info\/hist_republiquetoulouse.htm<\/a><\/p>\n<p>[5] Mercredi 7 juin 1882- <em>Journal du Tarn<\/em> n\u00b045<\/p>\n<p>[6] Christian Cau, <em>Pastel au pays de Cocagne<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PASTEL ET PAYS DE COCAGNE Martine Planes Corbi\u00e8re F\u00e9vrier 2007 &nbsp; Vers 1450, Toulouse est une grande ville pauvre. 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