﻿{"id":243,"date":"2016-09-03T23:21:05","date_gmt":"2016-09-03T22:21:05","guid":{"rendered":"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/?page_id=243"},"modified":"2016-09-03T23:36:05","modified_gmt":"2016-09-03T22:36:05","slug":"surveillance-des-ouailles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/histoires\/histoires-dalbi\/surveillance-des-ouailles\/","title":{"rendered":"Surveillance des ouailles"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">Cur\u00e9s de l\u2019Albigeois au d\u00e9but du XVIII \u00e8me<br \/>\nDe la surveillance des paroissiens \u00e0 la violence<\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">par Martine Planes Corbi\u00e8re<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A la mission traditionnelle du cur\u00e9 de village ou de paroisse s\u2019ajoutait aussi la surveillance plus ou moins directe des paroissiens. Pour jouer ce r\u00f4le de bon pasteur, certains n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 utiliser des mani\u00e8res pas toujours \u00a0\u00bb tr\u00e8s catholiques \u00ab\u00a0.<\/p>\n<h3>DES PAROISSIENS SOUS SURVEILLANCE<\/h3>\n<h4>Saint-Lieux-Lafenasse : une jeunesse contr\u00f4l\u00e9e<\/h4>\n<p>Un des principaux amusements regroupant la jeunesse \u00e9tait le bal. Seigneurs et consuls l\u2019acceptaient g\u00e9n\u00e9ralement bien que certains, subissant l\u2019influence de l\u2019Eglise, aient pu l\u2019interdire et poursuivre devant les tribunaux la jeunesse qui se montrait d\u00e9sob\u00e9issante.<br \/>\nC\u2019est ce qui arriva en octobre 1717 \u00e0 Pierre et Barth\u00e9l\u00e9my Panis, paysans de Saint-Lieux et \u00e0 Michel Soulet du masage de la Calceli\u00e9.<br \/>\nLe dimanche 3 octobre, ils \u00e9taient all\u00e9s trouver la seigneuresse de Saint-Lieux pour lui demander de bien vouloir leur donner la permission de danser le jour de Saint-L\u00e9on. Ils l\u2019avaient trouv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9glise et elle leur aurait r\u00e9pondu qu\u2019ils avaient bien fait d\u2019y aller. Mais ils entendirent que Messieurs les missionnaires avoit dit qu\u2019elle ne pouvoit pas donner cette permission sans se rendre coupable de tous les p\u00e9ch\u00e9s qui s\u2019y commettroit. Elle leur r\u00e9pondit qu\u2019elle ne vouloit pas se damner pour eux et qu\u2019ils n\u2019eussent pas \u00e0 danser. Il s\u2019ensuivit une plainte d\u00e9pos\u00e9e contre eux le 21 septembre par le procureur juridictionnel au nom de la seigneuresse puisque n\u00e9ammoins au pr\u00e9judice de cette d\u00e9fense les sus-nomm\u00e9s entrepriroit le soir dud. iour de la f\u00eate de saint-Lieux d\u2019aller louer des joueurs de hautbois lesquels settans randus le landemain iour de dimanche incontinant apr\u00e8s la messe de paroisse feurent au-devant de l\u2019\u00e9glise dud. Saint-Lieux garssons et filles danser publiquement nonobstant l\u2019avertissement qui leur feut donn\u00e9 de ne pas le faire par Monsieur Solier pr\u00eatre et vicaire dud. Saint-Lieux et qu\u2019ils recommenc\u00e8rent de continuer apr\u00e8s que les v\u00eapres feurent chant\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous pouvons voir, dans ce refus, le t\u00e9moignage d\u2019une volont\u00e9 religieuse de contr\u00f4le et de restriction et un d\u00e9sir de modification des conduites. Ce proc\u00e8s prouve aussi l\u2019\u00e9chec de ces buts. Les fonctions m\u00eame des f\u00eates imposent leur permanence, [\u2026] elles sont pour la jeunesse affirmation de puissance et contr\u00f4le du terroir.<\/p>\n<h4>Veill\u00e9e \u00e0 Vindrac : une intervention muscl\u00e9e<\/h4>\n<p>En hiver, quand la p\u00e9riode des f\u00eates \u00e9tait termin\u00e9e, les veill\u00e9es r\u00e9unissaient jeunes et vieux, hommes et femmes de plusieurs familles. Filles et gar\u00e7ons s\u2019y fr\u00e9quentaient et les m\u00e9disances circulaient. L\u2019historien Jean-Louis Flandrin les d\u00e9crit comme des r\u00e9unions o\u00f9 le babil [\u2026] y est le fondement, le travail [\u2026] le pr\u00e9texte.<br \/>\nLe clerg\u00e9 se donnait aussi sur elles un droit et un devoir de surveillance. Le jeudi 25 novembre 1734, Jean Choron, laboureur d\u2019Alayrac est all\u00e9 \u00e0 Vindrac, dans une veill\u00e9e o\u00f9 les filles et les femmes ont l\u2019habitude de s\u2019assembler pour filer. Ma\u00eetre Sabatier cur\u00e9 de Vindrac a entendu parler de lui et on lui a dit o\u00f9 le trouver. Vers les huit heures du soir, arm\u00e9 d\u2019un b\u00e2ton, il est all\u00e9 l\u2019appeler. Quand il fut sorti, il lui donna des coups de b\u00e2ton sur son corps, sur sa t\u00eate, sur son visage et sur son bras gauche. Un t\u00e9moin, Pierre Capou ajoute qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir battu, le cur\u00e9 rentra dans la veill\u00e9e et ayant querell\u00e9 les femmes et les filles, il leur dit \u00a0\u00bb Rassurez-vous, tout est fini \u00ab\u00a0.<br \/>\nMe Sabatier ne se contentait pas d\u2019avoir un \u0153il sur ses paroissiens, il exer\u00e7ait aussi un contr\u00f4le assidu sur des membres de sa famille.<\/p>\n<p>Jean Assi\u00e9, dit l\u2019Albigeois \u00e9tait all\u00e9 une apr\u00e8s-midi \u00e0 Vindrac, \u00e0 la m\u00e9tairie du sieur de Boscaud, son ma\u00eetre, et eut la malchance de croiser sur son chemin la s\u0153ur du cur\u00e9 de Vindrac. Celui-ci le rejoignit et l\u2019invita \u00e0 le suivre chez lui. Dans une chambre basse, au fond du degr\u00e9, pr\u00e8s de la cour\u2026, tout \u00e9meu de col\u00e8re, le cur\u00e9 le prend par les cheveux, l\u2019auroit tra\u00een\u00e9 \u00e0 terre par la cour, lui auroit donn\u00e9 plusieurs coups de pieds sur son corps et l\u2019auroit peut-\u00eatre tu\u00e9 \u2026 sans le secours de la s\u0153ur du cur\u00e9 venue expliquer \u00e0 son fr\u00e8re que le pauvre Jean n\u2019avait rien fait !<br \/>\nLe cur\u00e9 se serait alors retir\u00e9 dans sa maison, peut-\u00eatre est-ce pour solliciter le pardon divin !<\/p>\n<h4>Une surveillance parfois trop rapproch\u00e9e<\/h4>\n<p>Catherine Cailhol avait 18 ans, \u00e9tait native de Sauveterre de Rouergue et partageait le sort de la plupart des jeunes filles issues du monde rural. Depuis deux ans, elle \u00e9tait domestique chez le sieur Gasaignes, bourgeois et consul d\u2019Albi. Pr\u00e8s de l\u00e0, logeait Monsieur de Tanus, pr\u00eatre de Sainte-C\u00e9cile .<br \/>\nIl surveillait les all\u00e9es et venues de ses paroissiens et tout particuli\u00e8rement ceux du Sieur Gasaignes et de son \u00e9pouse. Il profitait de leur absence pour rendre journellement visite \u00e0 leur jeune domestique et abusant de son bas \u00e2ge et de la faiblesse de son sexe l\u2019auroit oblig\u00e9e \u00e0 malverser avec luy.<br \/>\nLa jeune fille d\u00e9clara qu \u2018elle avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 une plainte mais le sieur de Tanus lui aurait \u00e0 ce moment-l\u00e0 demand\u00e9 d\u2019accuser son valet Bernard Nespoulet. Depuis, il avait essay\u00e9 de la faire accoucher \u00e0 m\u00e9tairie appel\u00e9e \u00a0\u00bb au Clot \u00ab\u00a0, \u00e0 Valence appartenant \u00e0 un de ses parents, le sieur de Pomayrols. C\u2019est l\u00e0 que la jeune fille fut r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par sa tante maternelle Marie Cassan, \u00e9pouse de Pierre Puech et ramen\u00e9e Rue de l\u2019Ecole Mage.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas rencontr\u00e9 ce type de plainte dans les zones plus rurales. C\u2019est en ville que ces jeunes filles venaient majoritairement se louer. D\u2019autre part, le mode de vie urbain de ces bourgeois albigeois, leurs absences fr\u00e9quentes du domicile, facilitaient nous l\u2019avons vu, la visite de personnes ext\u00e9rieures \u00e0 la maison. A cela, ajoutons le respect et la confiance qu\u2019inspirait au sexe f\u00e9minin l\u2019habit cl\u00e9rical.<\/p>\n<h3>LE CABARET : RENCONTRES ET SOURCES DE LITIGES<\/h3>\n<p>Aux formes de plaisirs populaires, bals et veill\u00e9es, r\u00e9unissant un nombre plus ou moins important d\u2019hommes et de femmes, il convient d\u2019ajouter la fr\u00e9quentation des cabarets qui \u00e9taient souvent le th\u00e9\u00e2tre de violences. Certaines \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9es sur place, d\u2019autres donnaient lieu \u00e0 des r\u00e8glements de compte physiques et verbaux.<\/p>\n<h4>Un cabaret de Cordes, source de litiges<\/h4>\n<p>Jacques Toulze, dit Clergue, laboureur de Cazelles \u00e0 la Clergui\u00e9, se serait rendu \u00e0 Cordes en mai 1721 chez le sieur Journ\u00e8s, hoste de la Boutelerie pour y faire collation avec une personne amie. Etant mont\u00e9 \u00e0 une chambre pour prier l\u2019h\u00f4te ou l\u2019h\u00f4tesse de lui donner du vin, il y aurait trouv\u00e9 Me Celerie, pr\u00eatre et vicaire de Cazelles, qui \u00e9tait \u00e0 table avec quelques gar\u00e7ons chirurgiens, lequel aiant aper\u00e7u le suppliant qu\u2019il connaissoit comme un de ses paroissiens, lui aurait demand\u00e9 ce qu\u2019il venait faire. Ayant appris qu\u2019il demandait l\u2019h\u00f4te, il se seroit lev\u00e9 de table et luy auroit dit de le suivre \u00e0 la cave, que c\u2019estoit lui qui connaissoit le bon vin\u2026 Le suppliant estant pass\u00e9 \u00e0 la cuisine, auroit pris une bouteille vide et s\u2019estant approch\u00e9 de la porte de la cave, C\u00e9leri\u00e9 se seroit mis \u00e0 pisser en disant \u2026 \u00a0\u00bb Tu peux en boire sans crainte d\u2019estre incomod\u00e9 \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jacques Toulze se retira sans r\u00e9pliquer, scandalis\u00e9 d\u2019une action si honteuse de la part d\u2019un pasteur qui devrait donner l\u2019exemple. Mais l\u2019affaire ne s\u2019arr\u00eata pas l\u00e0.<\/p>\n<h4>R\u00e8glement de compte au confessionnal<\/h4>\n<p>Le jour de P\u00e2ques, Jacques Toulze apprit que C\u00e9lari\u00e9 confessait les hommes de la paroisse au presbyt\u00e8re. Il s\u2019y rendit et y trouva plus de quinze personnes. Le cur\u00e9 se seroit approch\u00e9 de luy disant qu\u2019il ne pouvait pas le confesser parce qu\u2019il auroit dit qu\u2019il \u2026vouloit luy pisser dans la bouteille, qu\u2019il n\u2019avoit qu\u2019\u00e0 sortir dehors, qu\u2019il estoit un insolent et sans autre pr\u00e9texte luy auroit donn\u00e9 un soufflet\u2026<\/p>\n<h4>Course-poursuite \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Cazelles<\/h4>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-247 alignleft\" src=\"http:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-content\/uploads\/eglise-cazelles.jpg\" alt=\"eglise-cazelles\" width=\"450\" height=\"393\" \/><\/p>\n<p>A Pentec\u00f4te, Mr. Le cur\u00e9 ne semble pas s\u2019\u00eatre calm\u00e9. Avant de commencer vespres, le cur\u00e9 Celerie auroit pris le batton de la croix et couru apr\u00e8s le marguillier pour une histoire de dix sols.<br \/>\nMalgr\u00e9 ces quelques affaires, les membres du clerg\u00e9 apparaissent plus souvent victimes que coupables dans les affaires de violence. La plupart de leurs paroissiens leur faisaient confiance et c\u2019est vers eux qu\u2019ils se tournaient pour obtenir aide et conseils dans les moments difficiles de la vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cur\u00e9s de l\u2019Albigeois au d\u00e9but du XVIII \u00e8me De la surveillance des paroissiens \u00e0 la violence par Martine Planes Corbi\u00e8re &nbsp; A la mission traditionnelle du cur\u00e9 de village ou de paroisse s\u2019ajoutait aussi la surveillance plus ou moins directe&#8230;<br \/><a class=\"read-more-button\" href=\"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/histoires\/histoires-dalbi\/surveillance-des-ouailles\/\">Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":92,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"template-full-width-without-title.php","meta":{"ngg_post_thumbnail":0},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/243"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=243"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/243\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":250,"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/243\/revisions\/250"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/92"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jcp66.org\/jcp66-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}