PASTEL ET PAYS DE COCAGNE

Martine Planes Corbière Février 2007  

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Vers 1450, Toulouse est une grande ville pauvre. Le seul pont qui enjambe la Garonne est mal entretenu, les murailles de la ville s’écroulent et des maisons sont à l’abandon.

Pourtant 100 ans plus tard, la ville est refaite et se pare de dizaines de demeures luxueuses. Un siècle et tout a changé. Que s’est – il passé ?

L’énergie est revenue vers 1460, 1470 lorsque les Toulousains conquirent le marché du pastel. Il va connaître pendant un siècle un essor prodigieux.

 

 I Le pastel

 1 L’Isatis tincturia : une plante bisannuelle aux noms et usages multiples

         Le pastel (du latin pasta, pâte) est une espèce de crucifère comme les choux, les radis, la moutarde ou la monnaie du pape. La première année, cette plante ressemble à une grosse salade « la rosette de pastel ». Dès la 2ème année, du cœur de cette rosette jaillissent 2 à 5 tiges pouvant dépasser 1 mètre de hauteur. En juin, les fleurs très nombreuses s’épanouissent en bouquets de 40 centimètres environ. En juillet, elles se transforment en fruits d’abord verts puis bruns et violets pour finir. On les appelle des siliques. Ce sont des sortes de gousses pointues.

Le pastel est appelé wède ou guède dans le nord de la France. L’Encyclopédie. [1] prétend que là est l’origine du nom  » Grande-Bretagne « brith » signifiant en breton, la guède. On le trouve aussi sous les noms de pastel des teinturiers ou herbe de Saint-Philippe mais il porte le nom scientifique d »Isatis tincturia.

Il est souvent fait mention dans les archives de plante fourragère de bonne qualité et d’un bon rendement (15 à 20 000 kilos à l’hectare). Sa valeur alimentaire serait voisine de celle du chou. Ses vertus mellifères seraient également appréciées des apiculteurs.

Ses vertus thérapeutiques ont été citées maintes fois dans les textes anciens. Le pastel soulageait les maladies du foie (jaunisse) et de la rate. Les Grecs en obtenaient un remède traitant des maladies de peau. On lui prête également des propriétés antiseptiques, cicatrisantes, diurétiques. Des soviétiques l’ont même présenté comme un antibiotique.

Ses propriétés tinctoriales furent sans doute les plus utilisées depuis la plus haute Antiquité.       

C’est une plante très résistante qui semble insensible au froid et son adaptation à la canicule fait d’elle un véritable « dromadaire végétal » [2]. Elle était donc connue un peu partout dans le monde mais c’est dans le triangle Toulouse, Albi, Carcassonne qu’elle va connaître son « âge d’or » au XVIème siècle.

 

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Feuilles de pastel (rosette)
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Fleurs de pastel

2 Son histoire : de l’Antiquité à la Renaissance

Les Egyptiens connaissaient et utilisaient déjà des Isatis locaux ou des indigos 2500 ans avant Jésus Christ car on a retrouvé des momies enveloppées dans des bandelettes bleues, symbole d’éternité. A la même époque, de l’autre côté de la Méditerranée, le bleu est pratiquement ignoré, du moins dans le vêtement.

Les Latins et les Hellènes ne portaient jamais de bleu, couleur délaissée aux esclaves et basses catégories sociales. Le Romain qui avait les yeux bleus devait être bien malheureux. Le rouge y régnait en maître, symbole de richesse et de puissance.

Celtes et Gaulois utilisaient aussi la guède, ou pastel, non seulement pour bleuir leurs tissus mais aussi pour se parer le visage et le corps, un peu à la manière des Peaux-Rouges d’où la surprise de Jules César à leur rencontre.

Dans le livre V de « la guerre des Gaules« , il ne retient que l’aspect belliqueux de ce maquillage et mentionne que « tous les Bretons se teignent avec le pastel sauvage, produisant une couleur bleue, qui leur donne une allure terrible dans la bataille« . Peut-être peut-on voir là l’origine de l’expression française, « avoir une peur bleue ». Le pastel était aussi employé comme produit de beauté puisqu’il offrait aux belles gauloises la possibilité de teindre en bleu noir leur chevelure blonde.

Pline parle du pastel comme « d’une chose particulière aux Gaules« . Son nom latin « glastum » pourrait être d’origine celtique car le mot « glas » en gallois signifiait « herbe bleue.

Dans le monde médiéval, l’église chrétienne admet trois couleurs pour l’habillement : le blanc de la pureté, le rouge du sang du christ et le noir symbole de deuil et de pénitence, hormis pour la vierge Marie. Profondément croyant, le roi Louis IX dit Saint-Louis, renonce à la couleur pourpre et lui préfère la simplicité du bleu. Cette couleur s’impose dans ses armes. Longtemps méprisé, le bleu devient la couleur du ciel et de l’esprit. Il deviendra petit à petit l’emblème de la noblesse.

Drapiers et teinturiers réclament un colorant de valeur. L’Orient dispose de l’indigo mais son importation est trop onéreuse et trop incertaine. En Occident le pastel ou guède est utilisé. Au XIIème siècle, il est cultivé dans toute l’Europe. Est-ce une conséquence de la Guerre de Cent ans (1337-1453) ou des raisons d’ordre climatiques mais l’Albigeois devient dès le XIVème siècle la terre d’élection de cette culture.

Dès le XIVème, Albi détient avec le pastel un trésor bien embarrassant. La teinture produite est de trop grande qualité pour être utilisée sur les draps tissés dans la région, de qualité médiocre. Ce sont les Béarnais qui vont ouvrir les routes du pastel vers l’Espagne et vers l’Angleterre et les Flandres à partir des ports de Bayonne et Bordeaux. La concurrence est âpre avec l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre mais ce commerce reste très lucratif.

Au XVème siècle, Albi domine toujours ce commerce en Occitanie mais Toulouse comprend le rôle qu’elle peut jouer par sa position géographique entre les zones pastellières et les ports de l’Océan. La Garonne, réputée non navigable, est aménagée pour recevoir jusqu’à Bordeaux des barques à fond plat, les gabarres. Elles permettent de ne pas racler les hauts fonds de la rivière.

De riches toulousains prennent place dans ce marché. Ils généralisent les cultures dans leurs domaines, y créent des moulins pastelliers. Un triangle de culture se forme : Toulouse, Albi, Carcassonne. Ils se font aussi prêteurs d’argent.

Au XVIème les grands marchands entrent dans le système. Leur plate-forme est Toulouse. Tous n’en sont pas originaires, certains sont basques, aveyronnais ou espagnols mais tous ont le génie du commerce, des marchés extérieurs et de la réussite. La ville devient une capitale financière cosmopolite.

II La teinture

Une longue série de travaux était nécessaire, de la préparation des sols à l’obtention de la teinture. Le pastel était une culture qui rapportait et par conséquent on la « bichonnait ».

 

1 Divers stades de la préparation

La terre était bien fumée et les graines triées : on ne gardait que les plus belles.

Les semailles avaient lieu au printemps en février ou mars. Dès que le pastel sortait de terre une «armée » d’hommes, de femmes et d’enfants attaquait le désherbage et le binage. La culture du pastel donnait du travail à toute la population.

Au fur et à mesure que les feuilles étaient mûres on les coupait à la main. Il y avait 3 ou 4 cueillettes durant la saison (juin à septembre ou octobre). Les feuilles étaient lavées pour enlever la terre et séchées.

Dès qu’elles étaient sèches elles étaient transportées au moulin pastellier. Le moulin devait tourner en fonction de la maturité des feuilles ce qui excluait les moulins à vent ou à eau tributaires des éléments naturels. C’est pour cette raison que les moulins pastelliers étaient mus par des animaux. Il fallait en permanence pousser les feuilles sous la meule verticale ce qui était dangereux et il y avait souvent des accidents.

A la sortie du moulin c’était une bouillie que l’on entreposait en tas de 40 ou 50 cm sur des sols carrelés en pente pour faciliter l’égouttage. Le pastel restait ainsi en tas 6 à 8 semaines et une première fermentation se produisait.

pastel-moulinlautrec-zzMoulin pastelier de Lautrec

pastel-moulinpasteliermagrin-zzMoulin pastelier du château de Magrin

 

Après ces 2 ou 3 semaines la pâte était malaxée et on en faisait des boules bien modelées et pressées, aussi parfaites que possibles, «les coques ou cocagnes ». Chaque coque nécessitait un kilogramme de feuilles. Elle mesurait 10 à 15 centimètres de diamètre et pesait environ 150 grammes. Les femmes effectuaient ce travail et en faisaient 2 à la minute.

Elles étaient ensuite entreposées sur des claies dans des séchoirs permettant un réglage précis de l’aération, à l’abri de la pluie et du soleil. Le séchage durait entre 4 et 6 semaines. Les bonnes «coques » étaient plus légères que les autres, preuve d’un parfait séchage.

Les coques devenues dures étaient alors brisées en menus fragments avec des masses en bois. Elles avaient un intérieur violet et une bonne odeur s’en dégageait. Les coques brisées repassaient alors au moulin pastellier afin d’obtenir un parfait écrasement.

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Coque

A ces granules on mélangeait de l’eau croupie en vue d’une deuxième fermentation. Cette opération était très délicate et demandait une surveillance de tous les instants. Si la fermentation n’était pas assez rapide, on rajoutait du purin ou de l’urine humaine. Aussi cette préparation ne se faisait-elle jamais dans Toulouse mais dans la campagne environnante.

On remuait cette bouillie en la changeant de place à coups de pelletées, d’un tas à l’autre pour obtenir une pâte homogène qui se dessèche peu à peu. Le pastel s’échauffait, fumait et se modifiait chimiquement. Il exhalait une odeur putride et des vapeurs nocives. Tout l’art consistait à maîtriser la fermentation. Celle-ci devait être suffisante pour oxyder le sucre des feuilles qui dégageait le produit colorant mais il ne fallait pas que la fermentation dépasse un certain stade qui, lui, aurait détruit le produit colorant.

Si le froid de l’hiver arrêtait la fermentation on glissait un pot rempli de charbons ardents dans la pâte.

La pâte était ainsi remuée tous les 3 ou 4 jours pendant 4 à 5 mois. Ensuite la fermentation terminée on laissait le tas immobile pendant au moins 2 mois.

A l’issue de ce délai c’était de l’agranat. Convenablement stocké, il allait garder ses propriétés colorantes une dizaine d’années. Le délai souhaitable aurait été d’un an mais le cycle était long et les marchands ne pouvaient immobiliser plus longtemps leurs capitaux.

 

Semailles Fevrier-mars
Cueillette des feuilles, lavage, séchage Juin octobre
Feuilles écrasées en bouillie au moulin pastellier
Egouttage 6 à 8 semaines
Confection des «coques » Août- septembre Décembre
Séchage des «coques » dans les séchoirs 4 à 6 semaines
« Coques » brisées à la masse puis au moulin pastellier. Septembre – octobre Janvier – février
Adjonction d’eau croupie, d’urine. Pâte déplacée tous les 3 ou 4 jours. Surveillance de la fermentation. 4 ou 5 mois
Stockage final et vieillissement 2 mois ou plus
Agranat disponible et commercialisable. Mai-juin Septembre-octobre

 

C’est cette poudre noire qui, dans les cuves des teinturiers, délivrait le précieux pigment bleu et fit de la région le « pays de cocagne » expression qui définit  » le pays imaginaire où tout abonde, où l’on trouve tout à souhait. »

L’écume recueillie à la surface des cuves des teinturiers « la fleurée de pastel « était recherchée par les grands artistes de la Renaissance.

 

2 La distribution : une organisation complexe

 » Au pays de Cocagne, plus on dort, plus on gagne » mais seul le pastel se repose, tout autour de lui on se presse et des métiers spécifiques apparaissent. Nous retenons ici les principaux.

– Les collecteurs sillonnent les régions productives pour réserver sur pied les futures récoltes.

– Les transporteurs : réservés à l’avance, ils mènent les lots de pastel dans leurs charrettes à Toulouse où se tient dès le début de l’été la grande foire au pastel. On estime à la vue la qualité des lots de pastel, marchands et vendeurs spéculent.

– Les teinturiers estiment la longueur de tissu que chaque lot pourra teindre et valident ou infirment le prix. Ils sont souvent accusés d’ententes malhonnêtes.

– Les emballeurs mettent les lots de pastel dans des sacs de toile brune, les ficellent, marquent à la main des signes de propriété. Ils doivent pouvoir être authentifiés tout le long du transport.

– Pesé, le pastel peut alors être commercialisé.

Le quai de la Daurade à Toulouse foisonne de gabarres, barques à fond plat, partant à Bordeaux ou en revenant. Depuis Bordeaux, les grands navires marchands livreront le précieux chargement à destination des grandes villes européennes.

 

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Quai de la Daurade hier

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Quai de la Daurade aujourd’hui

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Gabarre à fond plat

 

3 Les Hôtels – palais des marchands pastelliers

Toulouse a dû faire face tout au long du XIVème siècle à de nombreux incendies et en 1358 à une terrible épidémie de peste. Elle sort épuisée de la guerre de Cent ans mais grâce à la fortune de plusieurs générations de grandes familles issues du pastel, la ville se pare de véritables palais. Nulle part ailleurs, en France, on ne recense autant d’hôtels particuliers. C’est pour une période de près de 100 ans, entre 1450 et 1560,  » l’âge d’or du pastel « et l’épanouissement de la Renaissance toulousaine.

Parmi eux, deux bâtiments se distinguent, les hôtels de Bernuy et d’Assézat.

Jean de Bernuy est le fils du gouverneur de Burgos en Espagne. Il arrive en France à 19 ans, achète le pastel en France et le revend en Espagne, mettant les fortunes de son pays au service du pastel. Il amasse un trésor si important qu’il peut se porter garant du paiement de la rançon du roi de France François 1er , prisonnier à Pavie. Libéré, ce dernier lui rendra visite. La tour hexagonale qui se dresse dans une des cours est la plus haute de Toulouse. Percée de 7 fenêtres, elle s’achève par une terrasse décorée de gargouilles. Elle est l’emblème de la réussite de son propriétaire. L’ensemble constitue le meilleur exemple de synthèse réussie entre l’architecture médiévale et celle des temps nouveaux.

A Albi, un marchand pastellier a lui aussi contribué à payer la rançon du roi. Il n’était cependant pas noble, ce que la tour de sa demeure albigeoise pourrait laisser supposer. Seuls les nobles en effet avaient le droit de les construire. Comme les roturiers avaient le droit de les acheter, Reynès aurait acquis ailleurs une demeure avec une tour et l’aurait fait déplacer à Albi pierre après pierre donnant à son hôtel un signe extérieur de noblesse .

La plus belle résidence privée toulousaine est sans aucun doute l’hôtel d’Assézat. Elle symbolise à elle seule la puissance, la fortune des « princes du pastel ».

L’architecte a suivi pour l’édification du palais une conception architecturale identique à celle adoptée dans le même temps pour la cour carrée du Louvre à Paris : superposition sur trois étages des trois ordres d’architecture, dorique, ionique et corinthien.
Pierre d’Assézat étendait ses cultures dans tout le triangle d’or, mais c’est au port de la Daurade, non loin de là, qu’il vendait ses productions. Devenu capitoul , Pierre d’Assézat fut anobli, et gagna sa particule.

Si le commerce fit la fortune des marchands pastelliers de Toulouse, (« Cité Bleue » à cette époque, « Ville Rose » de nos jours) et de sa région pendant plus d’un siècle (1450-1561), l’horizon s’assombrit.

 

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Hôtel Astorg (Toulouse)

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Hôtel de Bernuy (Toulouse)


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Hôtel Assézat (Toulouse)

III Déclin, renaissance et espoir

Des récoltes médiocres, des pratiques douteuses, les guerres de religion et la concurrence de l’Indigo des Indes et des Antilles mais aussi le manque d’intérêt des grands marchands pour le commerce portèrent un coup fatal au pastel.

        

1 l’horizon s’assombrit

Brusquement tout s’effondre à partir de 1561.

La récolte de 1560 est abondante mais de qualité médiocre. Pourtant les marchands toulousains essaient de maintenir les prix habituels. La récolte de 1561, grâce à des pluies importantes, va être encore plus abondante que les précédentes mais de qualité encore plus médiocre. Le marché s’effondre. Certains marchands tentent de ne pas vendre les récoltes mais les Albigeois ne suivent pas et inondent un marché déjà saturé.

A cela il faut ajouter des pratiques douteuses : soit du pastel de mauvaise qualité a été mêlé à un peu de bon pastel mais vendu au prix fort, soit il a été mouillé pour augmenter son poids. Quand il s’agit de l’agranat, on l’a mélangé à du sable.

Le début des guerres de religion, en 1562, est une autre cause de cette chute : l’inquiétude règne dans la région toulousaine où les protestants sont nombreux, surtout chez les marchands.

Au XIVème siècle, l’importation de l’indigo se confirme à Marseille mais les quantités sont rares et le produit cher, le pastel reste donc la plante colorante abondante et abordable. L’indigo est réservé aux produits de luxe.

Cependant sa poudre colorante s’obtient par simple trempage des feuilles. Après quelques heures elle se dépose d’elle même au fond des cuves. Certains disent qu’elle est 30 à 40 fois plus concentrée que celle du pastel.

Les Portugais et les Conquistadors Espagnols vont introduire la légumineuse en Amérique Centrale vers 1520. Travaillée par des esclaves, son prix de revient finit par être 5 ou 6 fois moins élevé que celui du pastel.

Des essais de copiage de la méthode d’extraction par macération des feuilles furent inutilement effectués. Des mesures protectionnistes furent prises. Mais amendes, menaces de peines de mort, rien n’empêcha le panachage dans les cuves à pastel. Les 1% tolérés initialement furent rapidement dépassés et le « bleu des îles » entra majoritairement dans les cuves.

Une dernière raison et non la moindre réside dans l’absence de fibre commerciale chez les marchands toulousains ou albigeois. Ils réinvestissent tous dans de somptueux hôtels et se préoccupent plus de leur ascension sociale et de l’accession à la noblesse que du commerce du pastel. De nombreux marchands, grâce à leur fortune, sont devenus capitouls [4]. ce qui leur donne la noblesse héréditaire. Deux générations après les premiers marchands, il n’y en a plus aucun.

Cette disparition n’est pourtant pas entière et autour d’Albi, le pastel continue toujours d’être présent mais l’Age d’or du pays de cocagne que les vieux évoquaient est bien terminé.

 

2 Renaissance du pastel sous Napoléon 1er

Lors du blocus continental, décrété par Napoléon le 21 – 11- 1806 pour mettre l’Angleterre à genoux, l’indigo devint rarissime et hors de prix. Or entre 1806 et 1810, les besoins de poudre colorante furent préoccupants. La « Grande Armée » de 600 000 hommes se préparait à la campagne de Russie, il fallait teindre en bleu soutenu les uniformes, donc utiliser des stocks considérables, environ une centaine de tonnes.

Il promit de véritables fortunes à qui trouverait le moyen d’obtenir facilement de la poudre colorante. Des savants de l’Europe entière se mobilisèrent pour obtenir les résultats attendus. La méthode connue, il ne resta plus qu’à relancer la culture. Albi où végétait l’Isatis, retrouva pour un temps son titre perdu de capitale du pastel. En juillet 1811, pour 3 ans, est créée à Albi la 1ère école du pastel. On y donnera un enseignement théorique et pratique sur l’extraction du colorant dans le pastel. Elle se situera dans des dépendances de l’ex-château du Lude (actuellement Bon Sauveur).

L’abdication de l’empereur en 1814 remet tout en question. La captivité de l’empereur brise ce nouvel élan agricole et industriel d’un second Pays de Cocagne. Le retour de la monarchie est aussi celui de l’indigo exotique, d’un prix toujours aussi imbattable. Malgré tout, le pastel ne disparut pas totalement de la région. Un journal local « le journal du Tarn » publiait en 1882[5] la dernière allusion aux champs de pastel albigeois lors d’un concours agricole régional.

 

3 Aujourd’hui, un renouveau

Actuellement, plusieurs hectares sont plantés en Ariège en collaboration avec l’école de chimie de Toulouse. Sitôt cueillies les feuilles sont précipitées dans des cuves afin d’en extraire le bleu pastel.

Cinq siècles après sa disparition, le Pastel reprend racines. De congrès en laboratoire de recherche, on découvre et redécouvre ses qualités. De nouvelles applications voient le jour dans les beaux-arts, la décoration, la mode mais aussi en cosmétologie et pharmacie. Des laboratoires français, américains et chinois recherchent aujourd’hui des produits anticancéreux dans les feuilles du pastel.

Conclusion

Derrière l’image de rêve de ce Pays de Cocagne se cache une réalité un peu différente : une culture difficile, une structure commerciale complexe, la concurrence de l’indigo. On comprend donc pourquoi cette plante, source d’enrichissement pour une minorité, ne fut pour beaucoup qu’un mirage [6]. Pourtant aujourd’hui un avenir industriel est encore possible si des débouchés commerciaux lui sont favorables. Alors, cette crucifère qui fit la fortune du « Pays de Cocagne » pourrait bien devenir la plante du IIIème millénaire.

 

Bibliographie 

Banessy Sandrine, Le Pastel en pays d’oc, Tourisme Médias Editions, 2002

Caster Gilles, Les routes de cocagne, Privat 1998

Cau Christian, Pastel au pays de Cocagne, Editions Loubatières, Toulouse, 1988

Rufino Patrice Georges , Le Pastel, Or bleu du Pays de Cocagne, Editions Daniel Briand

 

[1] L’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers en 35 volumes (17 volumes de textes, 11 de planches, 4 de supplément, 2 d’index et 1 supplément de planche) a été écrite en France entre 1751 et 1772, à l’initiative de Denis Diderot et de Jean d’Alembert, philosophes du siècle des Lumières.

[2] Patrice RufinoLe pastel, or bleu du pays de Cocagne – p 13. Il sera souvent fait référence à cet auteur dans la 1ère partie de cet exposé.

[3] http://his.nicolas.free.fr/Histoire/Monuments/Villes/Albi/AlbiReynes.html

[4] Toulouse le 6 janvier 1189. La population en révolte se masse dans un quartier populaire des bords de Garonne. Le comte Raimond V est là lui aussi face aux consuls qui exigent la totalité du pouvoir sur la ville. Très vite, devant la force de l’émeute, Raimond V capitule. Il abandonne ses prérogatives au profit de la municipalité élue. La municipalité a désormais des pouvoirs très étendus dans tous les domaines. Ses membres, les consuls ou capitouls sont renouvelés chaque année. Ils sont tous égaux : il n’y a pas de maire! Ils légifèrent, jugent et administrent en toute liberté… Ils promulguent des ordonnances (ou « établissements ») pour organiser la police et l’entretien de la ville, pour règlementer le commerce et l’artisanat (poids et mesures, taxes, corporations). Ils prononcent les sentences en matière civile (prêts, ventes, …) comme en matière criminelle (meurtres, maraudes, …). Ils fixent, lèvent les impôts et gardent le trésor de la communauté.
http://www.r-p-s.info/hist_republiquetoulouse.htm

[5] Mercredi 7 juin 1882- Journal du Tarn n°45

[6] Christian Cau, Pastel au pays de Cocagne